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Pasteure, nommée par le Conseil régional Shining Waters
Rev. Dr. Cheri DiNovo est membre de l’Ordre du Canada et a reçu de nombreux prix. Elle a écrit deux livres, dont Qu(e)erying Evangelism, inspiré de son travail de développement d’une paroisse par l’inclusion, qui lui a valu le prix Lambda Literary. Paru plus récemment, son deuxième livre, The Queer Evangelist, raconte en détail son parcours d’enfant de la rue athée à femme d’affaires prospère, puis à membre du personnel ministériel et députée provinciale.
Rev. Dr. DiNovo a été ordonnée il y a près de 30 ans. Elle a, en tant que pasteure de l’Église Unie, célébré le premier mariage homosexuel légal au Canada en 2001. Députée provinciale pendant près de 12 ans en Ontario, elle a fait adopter plus de projets de loi d’initiative parlementaire que n’importe quel autre membre de l’Assemblée législative grâce à une approche de collaboration. Elle est aussi reconnue pour avoir fait adopter le plus grand nombre de projets de loi favorables aux communautés LGBTQ+ et bispirituelles dans l’histoire du Canada.
Elle a récemment décidé de prendre sa retraite de la Trinity-St. Paul’s United Church et du Centre for Faith, Justice and the Arts, puisqu’elle est très sollicitée pour donner des conférences et prendre la parole dans les médias. Elle s’est notamment exprimée à titre de conférencière d’honneur lors de l’assemblée générale annuelle de l’association des enseignants catholiques de l’Ontario en 2024. Son émission de radio, The Radical Reverend, est diffusée depuis 27 ans, et elle est souvent invitée à émettre des commentaires sur différents sujets politiques et sociaux dans les médias grand public.
Sa candidature au poste de modératrice est motivée par une volonté de renforcer la présence de l’Église Unie dans les sphères du pouvoir, de soutenir davantage les paroisses (cesser les fermetures) et, en somme, de faire en sorte que l’Église incarne une spiritualité profonde, une vie de disciple dynamique et une quête audacieuse de justice. Pour reprendre ses mots, il s’agit de « dire la vérité aux personnes qui détiennent le pouvoir » au nom de celles et ceux qui ont l’impression de n’avoir que peu ou pas de moyens. Elle conçoit sa candidature comme une « lettre d’amour » et de remerciement pour l’engagement qu’elle a pu exercer au sein de l’Église Unie et ce qu’elle en a retiré.
On doit à Hegel cette célèbre citation : « De l’histoire, nous apprenons que nous n’en apprenons rien. »
Nous assistons à une montée du totalitarisme partout dans le monde et, plus dangereusement, près de chez nous. Les chrétiennes et les chrétiens du monde entier, et plus particulièrement celles et ceux d’Amérique du Nord, doivent relire leurs livres d’histoire.
Dans le protestantisme allemand, l’Église confessante ne représentait qu’une infime minorité de la communauté chrétienne d’Allemagne. Les personnalités comme Dietrich Bonhoeffer et Martin Niemöller étaient l’exception. M. Niemöller est bien connu pour avoir écrit : « [TRADUCTION] Ils sont d’abord venus chercher les communistes […], puis ils sont venus chercher les Juifs […], et quand ils sont venus me chercher, il ne restait personne pour protester. » Les sanctuaires ornés de drapeaux nazis étaient la norme dans la chrétienté allemande.
Bien sûr, la situation est un peu différente en 2025. De nos jours, on dirait plutôt : « Ils sont d’abord venus chercher les personnes trans, les personnes de diverses identités de genre, les immigrants… » L’appel du Christ reste toutefois le même : être aux côtés des personnes qui souffrent. Rendre visite aux personnes détenues en attente d’expulsion et soumises à des thérapies de conversion, et tout tenter, comme l’a fait le Christ, pour celles et ceux qui subissent la haine ou sont maltraités, parmi lesquels un grand nombre d’enfants. Au Canada, trois provinces ont refusé des soins de santé aux enfants et aux familles qui en ont le plus besoin, c’est-à-dire aux enfants les plus vulnérables au suicide. Nous sommes appelés à dire dès maintenant la vérité aux personnes qui détiennent le pouvoir et à le faire avec amour.
L’Église Unie a joué ce rôle par le passé et est appelée à le jouer à nouveau en étant une Église sanctuaire pour toutes les personnes qui souffrent. La quête audacieuse de justice, la vie de disciple dynamique et la spiritualité profonde exigent que nous passions à l’action.
Une personne autochtone, que je considère comme une mentore et une amie, m’a dit : « [TRADUCTION] La réconciliation dépend beaucoup moins de ce que vous pensez ou dites que de la façon dont vous y participez. » Il y a près de 40 ans, l’Église Unie a présenté ses excuses aux peuples autochtones, qui ne les ont pas acceptées. Le feraient-ils aujourd’hui?
Il est devenu évident pour moi comme pour d’autres qu’il est temps de démontrer notre foi en respectant notre propre démocratie, en assurant la transparence et l’équité, et en offrant un soutien paroissial.
Chaque communauté cultuelle et chaque personne exerçant un ministère responsable doit pouvoir participer pleinement aux décisions et à la direction de l’Église. Nous devrions encourager nos paroisses à tenir compte de l’équité et de l’égalité en premier lieu plutôt que de se contenter d’embaucher les personnes qu’elles ont les moyens d’engager. Il est assez rare de retrouver dans les paroisses bien pourvues des membres supérieurs de l’ordre ministériel qui font partie de la communauté 2ELGBTQIA+ ou sont des personnes non blanches, des Autochtones ou des femmes. Nous devons vraiment considérer la constituante autochtone de l’Église comme étant autonome et véritablement indépendante. Nous devons financer les dépenses d’exploitation ainsi que les différents projets. Nous devons financer les initiatives favorisant l’équité. L’égalité ne doit pas dépendre de fidèles fortunés ou de la vente de pâtisseries par de loyaux bénévoles. Le soutien doit être destiné autant aux paroisses qu’aux bâtiments. Chaque fois qu’une Église ferme, un sanctuaire pouvant accueillir celles et ceux qui n’en ont pas dans leur collectivité disparaît.
Nous devons faire entendre notre voix dans les coulisses du pouvoir. Le pouvoir législatif devrait savoir, dans notre pays et au sein des gouvernements étrangers, que nous sommes une église sanctuaire. On ne peut s’attendre à ce que les personnes détentrices du pouvoir nous suivent. Nous devons être présents chaque fois que sont prises des décisions qui affectent les plus vulnérables. D’autres religions et églises en font une priorité. Tout au long de mes dix années en politique, l’Église Unie n’a pas été présente, à moins que je ne le demande. Beaucoup d’autres églises l’ont été. Par leur présence, elles ont influencé les lois, mais pas toujours dans le sens qu’indiquerait, selon nous, le Christ. Il s’agit là d’un élément crucial de notre « appel » en ces temps difficiles.
Enfin, cultiver une spiritualité profonde signifie que nous devons vivre notre identité en tant qu’Église du Christ, le Christ crucifié et ressuscité. Le principal facteur de croissance des églises est la prédication d’une Parole de Dieu différente de celle des dieux séculiers. Il s’agit du don le plus important que nous puissions offrir.
J’ai transmis le message suivant au début de chaque culte : « Peu importe ce que vous croyez et ce que vous ne croyez pas. Peu importe ce que vous avez fait et ce qu’il vous reste à faire. Peu importe qui vous êtes et qui vous aimez, vous êtes les bienvenus ici. Cette Église est celle du Christ et tout le monde y est le bienvenu. » À mon avis, cette idée est au cœur de la théologie de l’Église Unie.
C’est parce que nous sommes une Église du Christ que nous sommes une Église inclusive. Nous aspirons à être à l’image du Christ et de son Dieu d’amour infini. Notre foi nous appelle d’abord et avant tout à l’Évangile, la Bonne Nouvelle. Notre Église peut être un modèle à suivre dans un monde qui souffre, le monde de Dieu, si elle est démocratique, transparente, égalitaire et favorable à l’équité. Si nous disons courageusement la vérité à toutes les personnes qui détiennent le pouvoir.
Si nous vivons pour le monde autant que pour nous-mêmes, nous annoncerons au monde, avec toutes nos ressources, qu’il existe une autre voie. Nous serons dans nos collectivités cette porte ouverte qui permettra à toutes les personnes qui ne sont pas en sécurité, qui ont besoin de spiritualité et qui ont besoin de la communauté du Christ dans leur vie de trouver un sanctuaire. Comme ce fut le cas pour moi, l’Église Unie ayant été à mes côtés de l’époque où je vivais dans la rue jusqu’à celle où j’évoluais dans les coulisses du pouvoir.
J’éprouverai toujours une grande émotion et une profonde gratitude à son égard.
Allons-nous aller de l’avant en suivant le Christ ou en essayant de plaire aux personnes détentrices du pouvoir? Suivrons-nous un Christ crucifié? Serons-nous des chrétiennes et des chrétiens prêts à mourir, mais surtout à vivre, pour notre foi?
Ne vous y trompez pas : nous sommes à la croisée des chemins. Dirons-nous la vérité aux dirigeantes et aux dirigeants de notre pays et de tous les autres pays du monde? Nous sommes les seuls à pouvoir le faire, par la puissance de l’Esprit Saint, la grâce de Dieu et le ministère audacieux, dynamique et profond de celui que nous appelons le Sauveur, le Christ.
Au nom du Christ,
Amen